Conte pour prendre soin de soi

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L’enfant avait posé l’énorme sac si lourd qu’elle portait sur l’épaule.
L’enfant vit que son épaule était rouge et bleue, mâchée et qu’elle saignait doucement.
Elle dit : « Il faudrait un pansement »
Personne ne répondit.
Elle se fit un pansement, et un bisou, posé du bout des doigts, là où elle avait mal. 
Elle se dit: il faudra du temps aussi.

L’enfant vit le gigantesque tas, gros comme une montagne qui était sorti du sac et qu’elle devait regarder en levant les yeux si haut.
Elle dit : « Il faudrait trier ce qui est tâché, ce qui est moisi, ce qui est pourri. »
Personne ne répondit.
Elle tria, elle jeta, elle se salit. Elle nettoya. 
Il fallut du temps.

L’enfant vit ses objets, ses rêves, ses tristesses, ses peurs.
Elle dit : « Il faudrait séparer ce qui sert et grandit de ce qui ne sert plus et pèse. »
Personne ne répondit.
Elle fit des tas. Ce qui était laid, coupant, rouillé, elle le jeta. Ce qui était ancien et touchant, ce qui avait de belles couleurs pastel, ce qui faisait de la musique, ce qui sentait bon, ce qui était doux, elle le garda.
Il fallut du temps.

L’enfant vit que tout était trié et qu’il y avait beaucoup de belles choses dans ses petits tas.
Elle dit : « Maintenant, il faudrait tout ranger . »
Personne ne répondit.
Alors elle rangea soigneusement ce qui était joli avec de belles couleurs pastel, puis ce qui était doux, ce qui faisait de la musique, ce qui sentait bon. 
Il fallut du temps.

L’enfant vit qu’elle avait bien travaillé et bien grandi aussi.
Elle dit: « Je suis contente, j’ai bien travaillé.»
Personne ne répondit.
Alors elle regarda autour d’elle et vit qu’elle était toute seule.
Elle se dit: « Il faudrait que quelqu’un me réponde.»
Elle voyagea pour trouver quelqu’un qui lui réponde.

Elle vit des gens, partout, qui marchaient le dos courbé sous le poids de leur sac, et qui ne voyaient rien. Des gens assis sur leur sac, exténués de fatigue et qui ne sentaient rien. Des gens blessés à l’épaule par leur sac, qui passaient leur temps à se lamenter sur leur douleur et n’entendaient rien. Elle vit aussi des gens qui parlaient, parlaient, parlaient, étaient sûrs qu’ils n’avaient même pas de sac, regardaient les autres avec mépris et ne ressentaient rien. Enfin, elle vit des gens qui travaillaient à trier leur sac et essayaient de ne garder que le doux, le joli, le bon.
Alors elle dit : « Bonjour! »
Ceux-ci relevèrent la tête et lui dirent : « Bonjour à toi aussi! ». Puis ils se sourirent.
Alors elle sut qu’elle avait trouvé une famille et que, maintenant, elle avait tout son temps.

 

– Myriam Goutte de Mer

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